Je me rends régulièrement à la maison d’arrêt de la ville de Manille (la ville est en fait constitué de plusieurs municipalités : Malate, Manille, Quezon, Makati dont plusieurs ont leur propre maison d’arrêt) et ainsi qu’à la maison centrale Bilibid à Muntinlupa, la "prison nationale" et qui est en fait composé de trois camps de détention : minimum (camp semi-ouvert où les quelques centaines de détenus qui vont être libérés sous deux ans travaillent à l’extérieur pendant la journée), medium (peine de moins de 20 ans) et maximum (plus de 20 ans et peine capitale). Les femmes sont dans un maison centrale différente aussi située à Manille.
Pour mes visites à la maison d’arrêt, j’ai été introduit par l’Association des Evêques. Ils s’occupent avant tout d’aide légale et essayent d’améliorer la santé à l’intérieur par des dons de médicaments et des visites de médecins et dentistes (en plus de l’activité pastorale). Je ne suis pas à proprement parler membre de cette association (ils m’ont juste aidé à rentrer la première fois et maintenant je peux rentrer quand je veux et visiter la chapelle). Aucun étranger (sauf des chinois) n’est pour le moment incarcéré ici et je ne remplis pas vraiment la fonction de visiteur. J’apporte des journaux, je discute un peu...Le fait est que les prisonniers ne vivent pas reclus comme en France et la vie à l’intérieur ressemble beaucoup à la vie à l’extérieur. C’est pour cela que visiter des prisonniers philippins n’a
à mes yeux - pas beaucoup d’intérêt. D’autant plus que je suis perçu comme un étranger donc quelqu’un qui a de l’argent et cela fausse les relations.
Pour ce qui est de la prison nationale, cela est différent. Je commence tout juste et suis "chaperonné" par une assoc de jésuites (PJPS - Phlippine Jesuit Prison Service). Il faut dire qu’il n’existe pas ici d’associations laïques (type ANVP) et c’est pour cela que j’ai contacté ces associations. Je me vois mal travailler pour une ONG confessionelle. Pour le moment, il y a toujours quelqu’un qui doit m’accompagner et si tout se passe bien, je pourrais bientôt bénéficier d’un "pass" et entrer tout seul (une fois que l’association aura vu comment se passent mes visites et que les gardiens me connaissent). La majorité des étrangers sont dans le camp de détention "maximum" (la plupart sont à priori détenus pour trafic ou usage de drogues et les peines sont très lourdes, quelques dizaines de grammes et c’est l’emprisonnement à vie...). Il n’y a pas de parloir et je suis donc directement dans la prison. Il y a très peu de gardien et la sécurité est surtout basée sur l’organisation interne où les détenus sont regroupés par région d’origine et par gang aussi. Chaque groupe a un "chef" et une "administration" avec des détenus chargés de faire régner la sécurité à l’intérieur...
Il y une dizaine d’étrangers, surtout dans le "couloir de la mort" (avec plus de 700 détenus dont une centaine ont épuisé tous les recours, ce n’est plus un couloir mais tout un bâtiment) : quelques chinois, américains, anglais...et un français. Il ne préfère pas rentrer en contact avec le peu de famille qui lui reste en France et semble (si on peut en juger après quelques heures) plutôt bien supporter son incarcération (il a vécu de nombreuses années auparavant aux Philippines). Il se plaint surtout du manque de soutien du consulat (une visite par an, il est vrai que pour une femme (c’est une consule), faire ce genre de visite n’est pas évident vu le contexte) et du manque de lecture...
Olivier Gillet ;
visiteur à Manille ;
Philippines.