Association Nationale des Visiteurs de Prison
 
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La santé publique en prison : Mission impossible ?

La santé publique en prison : Mission impossible ?

 

Depuis la Loi du 18 janvier 1994 confiant les soins en milieu pénitentiaire au ministère de la Santé, les rapports ou enquêtes parlementaires se succèdent et s’avèrent toujours autant alarmants, car convergents. Dix ans après, un colloque organisé par les ministères de la Justice et de la Santé pour évaluer la prise en charge des personnes détenues a révélé que l’objectif annoncé (assurer aux détenus une qualité de soins équivalents à ceux offerts à l’ensemble de la population) demeurait encore largement utopique.

 

L’Observatoire International des Prisons concluait que "les conditions d’hygiène déplorables et les entraves répétées à la mise en œuvre des politiques de santé publique - secret médical bafoué, extractions annulées, contraintes sécuritaires disproportionnées - sont autant d’éléments qui empêchent la prison de constituer une quelconque opportunité de soins pour une population dont les besoins sanitaires sont pourtant identifiés. Les détenus âgés, handicapés ou gravement malades en sont les premières victimes".

 

À la lecture des faits et témoignages recensés par cet organisme (1), on est d’abord surpris, puis mal à l’aise ou honteux et, à la fin, scandalisé. Et les perspectives à court terme émanant du ministère de la Justice ne sont pas rassurantes : si, à échéance fin 2007, plus de 13.000 nouvelles places sont effectivement programmées, seuls 300 lits en UHSI (Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale) seront créés … Alors que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme estime que le système de soins pour les personnes détenues comporte encore de nombreuses défaillances, souligne les conséquences néfastes de la surpopulation carcérale sur l’hygiène en prisons et rappelle les pouvoirs publics à lever urgemment les difficultés récurrentes et inhérentes à des raisons de sécurité à faire respecter le droit à la santé des personnes détenues (2).

 

Alors que le Haut Comité de la Santé Publique admet que la moitié des détenus présentent un trouble psychiatrique. Alors que le chiffre officiel de suicides dans les prisons peine à descendre sous la barre des 110 par an. Inaugurant l’UHSI de Bordeaux, le Garde des Sceaux déclare le 5 mai : "la prise en charge des détenus malades est également une de nos priorités. Il n’est pas acceptable que les détenus soient mal soignés ou soignés très loin de leur lieu d’incarcération. Il n’est pas non plus acceptable de multiplier les aller-retour entre les hôpitaux et les prisons, multipliant ainsi les risques d’évasion".

 

On aimerait connaître l’éclairage ou le point de vue du Ministre de la Santé. Car - hasard de l’actualité - la Médecin-Chef du Service Médico Psychologique Régional (SMPR) de Fresnes annonce 3 jours plus tard qu’elle exercera son droit à cesser le travail le 30 juin prochain pour protester contre le manque de personnel : " Se retrouver avec 1,8 équivalent temps plein infirmier pour les 2000 personnes détenues rend impossible l’exécution de nos missions pour l’urgence comme pour les soins " (3).

 

Comme le regrette le Dr Philippe Griguère, Pt du CSIP (4), "il est loin le temps de la réforme de 1994, qui, pour clore des pratiques peu éthiques et coller aux recommandations européennes, avait souhaité un soin indépendant en prison. Le coût de cette réforme a vite été démontré comme la perte d’un outil de contrôle, et cette bonne vieille Médecine Pénitentiaire, malgré ses problèmes moraux et fonctionnels, engendre de la nostalgie". Entre l’obligation de soigner et la nécessité sécuritaire, le curseur s’est nettement déplacé à droite. Jusqu’à quand la prison restera-t-elle une zone de non-droit à la santé ?

 

 

(1) Les conditions de détention en France (OIP/Editions La Découverte/2005) (2) 60.000 en 2006, dont 35% en prévention (3) La prison de Fresnes voit passer 12.000 personnes par an, dont 7.000 au SMPR (4) Collège des Soignants et Intervenants en Prison (www.sante-prison.org)

 
Dernière modification : 19/11/2013