Ce livre de sociologie est issu d’une enquête de prés de quinze années menée par Patricia Bouhnik, maitre de conférence en sociologie à l’université d’Amiens.
L’auteure s’est intéressée, dans la période de la fin des années 1980 au début des années 2OOO, à une population de jeunes des quartiers populaires usagers de drogues. Son enquête de longue durée a été menée sur un mode ethnologique au travers de discussions avec des individus. De fait, l’essentiel de l’ouvrage est consacré à la description du mode de vie de cette population que l’usage de stupéfiants marginalise et conduit à la délinquance. Au travers des récits de leur vie, l’auteure dégage trois grands facteurs qui conduisent ces jeunes à l’usage des drogues : l’argent facile, la prise de risques et la fuite artificielle du quotidien. Elle date de la période du milieu des années 1980 l’arrivée massive de drogues dures type héroïne et cocaïne puis des produits médicamenteux et crack dans les banlieues. La drogue est l’objet de .trafic pour obtenir de l’argent puis de consommation pour échapper à la galère des jours puis de la délinquance pour financer la drogue. Le cheminement est toujours le même sur fonds de crise de la famille, d’échecs scolaires et rejet social. L’usage des drogues suivant un processus bien connu va accélérer la dégradation de l’individu avec à la même période l’arrivée du SIDA et son cortège de nouveau problèmes sociaux, de santé et de mort. Les individus se trouvent enfermé dans un système à part qui à ses règles, ses rites et son économie. Dans ce contexte, la prison apparaît comme un lieu de vie sinon un refuge quand elle devient espoir de guérison et d’échappatoire à la mort. Pour la plupart, héla, c’est à nouveau une illusion car en prison les problèmes personnels sont accentués, le rejet social plus violent encore de la part des surveillants et des non toxicos et la drogue est d’accès facile. Les visiteurs de prison le savent bien car il n’est pas difficile d’obtenir de la drogue en prison : il suffit d’avoir de l’argent ou d’être prêt à tout pour en avoir. Les soins proposés, au mieux, après de terribles et injustes souffrances des périodes de gardes à vue, sont uniquement des traitements de substitutions. Les visiteurs trouveront dans cet ouvrage maints récits de vie qu’ils entendent dans leurs visites et bien peu d’espoir. Ce n’est pas l’objectif du livre que de proposer des solutions mais il met bien en évidence l’échec patent de la pénalisation et son injustice évidente. Sa lecture permettra sans doute d’éclairer les visiteurs sur le monde des « toxicos ».
Le 17/04/2007. Philippe Lhermet.